06 octobre 2008
Centrale à gaz des SIG: pas de dogmatisme SVP
En mai de cette année, je titrais "Les Radicaux genevois s'opposent à un projet de développement" et tirais à boulets rouges sur leurs contradictions, citant leur opposition au projet de centrale à gaz des SIG, à leurs yeux "pas assez écolo", et l'initiative radicale anti-droit de recours des associations.
Alors là je dois tirer mon chapeau aux Radicaux genevois qui ont décidé de s'opposer à cette initiative obscurantiste. Bravo! Voilà qu'ils se démarquent clairement de leurs camarades restés au 20e siècle, et c'est encourageant de voir un parti de droite moderne capable d'envisager une économie à la fois forte et respectueuse de l'environnement.
En revanche, je dois critiquer les mêmes Radicaux et les Verts genevois pour leur opposition au projet de centrale à gaz des SIG. De la pseudo-écologie et une erreur dogmatique regrettable.
Comme le dit M. Roch, ancien directeur de l'Office fédéral de l'environnement et membre du PDC: ce projet est objectivement bon pour le climat et la qualité de l'air en ville. Je le félicite pour sa prise de position et je partage son analyse, que j'appuie en tant que professionnel de la quantification des impacts environnementaux.
SVP, camarades Vert-es du bout du lac: ne vous enfermez pas dans une position de principe par dogmatisme. Ce projet doit être complémentaire à une stratégie de réduction de la consommation électrique et de conversion vers le tout renouvelable. Mais le marché de l'électricité est ouvert en Europe. Il y a au moins 1000 centrales européennes qui mériteraient d'être fermées avant de considérer l'arrêt d'une centrale à cogénération à gaz. Si celle des SIG n'est pas construite, alors les Genevois achèteront un peu plus d'électricité au charbon.
23:32 Publié dans Ecologie | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gaz, genève, centrale, radicaux, verts, dogme
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Commentaires
Mais, mais... mais...? Pourquoi produire encore de l'électricité quand on en consomme déjà beaucoup trop??!!?
Ecrit par : Sandro Minimo | 07 octobre 2008
C'est vrai qu'on consomme bcp trop d'électricité et qu'il faut d'urgence réduire cette consommation. Il faut le faire en Europe, pas seulement en Suisse. Cette centrale à gaz est excellente pour un centrale fossile, tellement bonne que son niveau de pollution se situe largement au-dessous de la moyenne européenne.
Il faut tenir aussi compte de la réalité: en ce moment, on construit des centrales en Europe (éoliennes, photovoltaïques, mais aussi charbon). Si on renonce à construire un excellent projet, on renonce à abaisser la moyenne de pollution et on se résigne à utiliser de l'électricité en moyenne plus polluante.
Puisque tu m'en donnes l'occasion, voici qqes chiffres sur la pollution engendrée par différents mix électriques (mix de production du pays):
Pays / kg de CO2 par kWh / MJ non renouvelable par kWh / DALY par GWh
Europe UCTE / 0.5 / 10.5 / 0.27
Suisse / 0.02 / 5.5 / 0.02
Cogén gaz / 0.29 / 5.4 / 0.06
France / 0.09 / 11.6 / 0.08(*)
USA / 0.73 / 12.2 / 0.56
Macédoine / 0.95 / 11.4 / 1.81
Grande-Bretagne / 0.57 / 10.5 / 0.24
Allemagne / 0.64 / 10.8 / 0.13
Les DALY (disability adjusted life-years) quantifient l'impact sur la santé humaine selon un clacul de l'OMS (particules fines et autres polluants).
(*): les DALY du mix français ne comptent pas le risque d'accident nucléaire.
Ecrit par : Vincent Rossi | 07 octobre 2008
Je cite juste ma source: ecoinvent.
Je précise que l'impact de la cogénération est bas car on alloue une part des impacts à l'électricité, et l'autre part à la chaleur qui est co-générée. Ici, j'ai fait une allocation proportionnelle à l'énergie.
La chaleur co-générée a un impact alloué lui aussi plus bas que celui d'un chauffage à mazout. La présence de cette centrale permettant de supprimer plusieurs brûleurs à mazouts, cela améliore encore le bilan environnemental de la centrale.
Ecrit par : Vincent Rossi | 07 octobre 2008
Au point où j'en suis, je vous donne aussi des chiffres sur le chauffage:
Brûleur à mazout (huile extra-légère, chaudière à condensation) par unité de chaleur:
0.09 kg CO2 par MJ / 1.3 MJ non renouvelable par MJ / 0.020 DALY par 1000 GJ
Cogénérateur à gaz, par MJ de chaleur (partie allouée à la chaleur):
0.08 kg CO2 par MJ / 1.5 MJ non renouvelable par MJ / 0.015 DALY par 1000 GJ
J'espère que cette plongée technique vous aidera à comprendre en quoi on y gagne à mettre un cogénérateur à gaz à Genève: il est peut-être moins bon que l'idéal, mais c'est déjà un bon pas dans la bonne direction.
Ecrit par : Vincent Rossi | 07 octobre 2008
Le cogénérateur sera peut-être à Genève, Monsieur Rossi est à Lausanne!
À partir de Lausanne, parler d'un sujet qui concerne un problème écologique genevois, ne demande que des connaissances d'écologie scientifiques, ce que Monsieur Rossi possède certainement.
À partir de Lausanne, parler d'un sujet qui concerne un problème écologique lausannois, ne demande qu'accessoirement des connaissances d'écologie scientifiques, mais surtout des connaissances d'écologie politiques (sic) ce que Monsieur Rossi possède également.
Si Monsieur Rossi veut continuer dans la voie de la politique, il pourra oublier le "scientifique" et ne garder que le "politique". La plus grande différence entre ces deux types d'écologies, c'est que la première est factuelle et l'autre électorialiste.
PS 1: Il est évident que dans un autre cas, il est possible d'inverser les rôles et de dire:
"À partir de Genève , parler d'un sujet qui concerne un problème écologique lausannois, ne demande que ..." et de remplacer Monsieur Rossi par Monsieur Alexandre WISARD qui est aussi un scientifique membre du législatif communal.
PS 2: Ce qui précède n'enlève rien à la pertinence du billet de Monsieur Rossi. Je voudais simplement qu'il reste aussi "scientifique" au sujet des problèmes lausannois.
Ecrit par : Père Siffleur | 07 octobre 2008
Entendu, Ô Père.
Ecrit par : Vincent Rossi | 07 octobre 2008
Bonjour,
On peut être opposés au projet de centrale sans être dogmatique.
J'ai préparé ces derniers mois une AG pour permettre aux verts de se décider en toute connaissance de cause. Nous avons récupéré toutes les opinions d'expert sur le sujet et pour vous dire, certaines personnes du groupe de travail ont changé d'opinion au cours des travaux de préparation (et dans les deux sens), simplement parce le problème n'est pas simple à trancher !!
Le projet de centrale SIG EST bien concu, mais l'autre question est de savoir si nous avons besoin de cette energie supplementaire. En gros resume, car je ne veux pas vous refaire les debats: les verts se sont prononces CONTRE à 38 voix contre 20 (et 3 absentions), et ce projet CONTRE sera défendu de manière constructive, en recherchant de vrais solutions alternatives.
Et pas, comme... (pardon mais je le pense) les radicaux qui rejette ce projet de centrale pour de mauvaises raisons, à savoir pour "négocier" par ailleurs la position sur les centrales nucléaires.
Aurore Bui, comité des verts et candidate à la constituante
http://yoursoftweb.wordpress.com
Ecrit par : Aurore Bui | 17 octobre 2008
Bonjour Aurore,
Merci pour votre intervention. J'ai été très déçu par la décision des Verts genevois. Depuis les années que je travaille à la quantification des impacts environnementaux, la leçon la plus importante que j'ai apprise concernant l'électricité est qu'il n'y a pas d'électricité locale: elle se partage, elle se vend, elle est mobile. Un accroissement de demande qqpart induit une augmentation de l'offre autre part, à travers toute l'Europe. C'est la réalité au quotidien.
Donc quand vous dites que la question est de savoir si "nous" avons besoin de cette énergie supplémentaire, je vous réponds que vous vous posez la mauvaise question. Il faut vous demander si, quelque part en Europe, qqn va avoir besoin de cette énergie supplémentaire. Comment imaginer que la réponse peut être négative? Partout, des projets de centrale au charbon fleurissent! Certains sont financés par Romande Energie ou EOS, comment être plus concret?
La centrale des SIG aurait peut-être pu substituer une de ces centrales au charbon. Y renoncer, c'est objectivement accroître les émissions de CO2 dans le monde. En tant que Vert, c'est exactement ce que je ne veux pas laisser faire.
Ecrit par : Vincent Rossi | 17 octobre 2008
Salut Vincent,
Je partage ton opinion. J'ai préparé et participé à l'AG dont parle Aurore ci-dessus, en tant que défenseur du projet dans le débat contradictoire.
En dehors du fait que, comme tu le rappelles très bien, ce projet permet d'augmenter l'efficacité du système énergétique, les mesures compensatoires (CO2) agissent également comme des éléments déclencheurs qui permettent la réalisation de travaux dans les bâtiments permettant de réduire d'environ 400 GWh la consommation d'énergie fossile du canton. On parle ici de plus de 50 millions de litres de mazout équivalent.
Et en plus d'être responsable de l'énergie que nous produisons, nous devons également rendre des comptes sur celle que nous importons. Aujourd'hui, 10% de la population genevoise achète de l'électricité en provenance d'une centrale à gaz au Luxembourg dont les émissions ne sont pas compensées et les rejets de chaleur pas valorisés. Le projet de couplage chaleur-force de SIG permet justement de prendre nos responsabilités en brûlant ce gaz à Genève de la meilleure manière possible : compensation à 100% des émissions et valorisation de la chaleur pour le chauffage des logements. En intégrant cette responsabilité en termes d'émissions de CO2 délocalisées, nous avons ici un projet qui diminue de 130'000 tonnes par an les émissions globales de CO2 et qui réduite la consommation de fossile de 400 GWh.
Durant toute la durée du débat, on sentait les avis balancer comme une girouette au vent. Mais face à des arguments factuels et solides, c'est pourtant le "Yaka" qui l'a emporté, à grand renfort d'images émouvantes et de belles formules rhétoriques. C'est aussi cela, la démocratie.
Jean-Marc, vert genevois.
Ecrit par : Jean-Marc Zgraggen | 19 octobre 2008
Merci Jean-Marc, tu résumes parfaitement la chose: il faut augmenter l'efficacité du système énergétique.
Où se situent les frontières du système énergétique? C'est là que c'est politique: considérer Genève comme une île, ou prendre en compte de la réalité qui nous entoure?
Le suis amer car la démocratie s'est soumise au dogme, elle n'est pas restée factuelle, n'en déplaise à Aurore. Dangereuse dérive où la raison perd du terrain. En tant qu'analyste environnemental, on m'aurait viré pour une telle faute. Désolé pour ce pessimisme.
Ecrit par : Vincent Rossi | 20 octobre 2008
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